Michael Tiffany (White Ops) : il faut rendre le crime moins rentable (suite de l’itw)

juillet 17, 2015

WhiteOps_étude3Suite de l’interview de Michael Tiffany, président et fondateur de White Ops (pour voir la première partie, cliquez ici).

67% de tout le trafic frauduleux observé par White Ops venait d’adresses IP résidentielles, donc d’utilisateurs particuliers. Que peuvent faire les particuliers pour éviter d’être assiégés ?

Durant les 20 dernières années, les efforts pour renforcer la sécurité de nos ordinateurs n’ont été que partiellement fructueux et les opérateurs de robots sont devenus de plus en plus sophistiqués. Il apparaît clairement que les mesures traditionnelles de sécurité – firewalls, anti-virus – ne suffisent pas. Les ordinateurs que nous utilisons au quotidien ne peuvent pas fournir les défenses exceptionnelles qui seraient nécessaires à la protection des consommateurs. De plus, la fraude par robot est incroyablement attrayante en raison des profits importants qu’elle permet par rapport aux autres types de cybercriminalité. Tant que les bénéfices de la fraude par les robots seront si élevés, il y aura toujours quelqu’un pour trouver des moyens afin de battre les anti-virus, les pare-feu et autres mesures de sécurité.

wo_filterLa seule façon de fournir une réelle protection à grande échelle, est de rendre le crime moins rentable, en supprimant la motivation et l’incitation pour les fraudeurs à commettre ces crimes. La seule façon de défendre tous les ordinateurs personnels est de lutter sur le plan économique. Pour ce faire, nous devons changer la façon dont les publicités sont achetées afin que les inventaires ne soient pas immédiatement payés, mais d’abord analysés.

Sur le 5,5 milliards d’impressions analysées, presque un quart (23%) de toutes les publicités vidéos servies et 11% des bannières l’ont été par des robots, selon votre étude. Vous êtes en France invité par la plateforme de publicité vidéo Videology avec qui vous venez de nouer un partenariat mondial de combat contre la fraude. Que faites-vous ensemble concrètement ?

Le choix de Videology de travailler avec nous est extrêmement audacieux. White Ops a les plus hauts standards de détection de fraude, et nous ne vendons pas de solutions temporaires. Beaucoup d’entreprises se contentent d’émettre un communiqué de presse indiquant la façon dont ils luttent contre la fraude. Mais la réalité est souvent moins impressionnante car ces entreprises ne veulent pas faire de vagues et ne veulent pas perturber le statu quo. La fraude par les robots est rentable pour beaucoup et, en faisant appel à nous, Videology a montré son engagement à lutter contre cette menace, sans avoir peur de donner un coup de pied dans la fourmilière au passage.

Votre leimotiv est celui de rendre l’Internet sûre pour les humains et d’éradiquer la fraude. Est-ce vraiment possible d’éradiquer la fraude ?

En ce moment, la fraude par les robots est très rentable donc cela vaut la peine pour ses inventeurs de passer beaucoup de temps et d’attention à innover dans leurs méthodes et à y mettre le prix. Par conséquent, notre objectif est d’attaquer l’économie de la fraude par les robots et d’en réduire considérablement les bénéfices pour les cyber-criminels. Il y aura alors moins d’argent à investir dans la cybercriminalité car cela sera moins rentable. Lorsque cela se produira, il y aura différents types de cybercriminalité qui deviendront plus rentables (et donc plus attrayants) pour les cybercriminels. Nous les poursuivrons sur leur prochain projet et les combattrons là-bas aussi. Peut-être que nous n’arriverons pas à arrêter définitivement le faux trafic – là où il y a de l’argent à gagner, il y a des criminels prêts à agir – mais nous pouvons réduire leur motivation et minimiser la taille du problème. Notre objectif est de pousser les cybercriminels hors de l’industrie et de créer un succès rentable pour White Ops. Le but n’est pas de diminuer les impressions frauduleuses à zéro mais bien de réduire le problème, afin de le rendre plus facile à combattre. Il faut que le « bot traffic » ne soit plus le problème le plus sophistiqué dans le monde informatique.

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Luciana Uchôa-Lefebvre

 

(Images: White Ops.)